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La Secte Taoïste Shang Qing


Le fondateur de la secte Shang Qing, est une femme connue sous le nom de Wei Hua Cun (Wei Xian Un). Elle serait née sous la dynastie Jin dans le Shandong. Toute jeune elle lisait de nombreux textes taoïstes et à l'âge de 12 ans, elle était capable de mémoriser et réciter toutes les formules sans regarder des livres. Avec sa connaissance approfondie des compétences taoïstes, Wei Hua Cun commença à faire des prédications sur l'enseignement du taoïsme.

Au moment où elle atteignit 20 ans, Wei Hua Cun parcourue les forêts afin de recueillir des herbes et des plantes pour en faire des pilules pour la médecine chinoise. Chaque fois qu'elle inventait une nouvelle pilule, elle devrait d'abord l’essayer sur elle afin de voir s’il n’y avait aucun effet secondaire pour ses patients.
En raison de sa longue période de consommation de ces herbes et plantes, le corps physique de Wei Hua Cun commença à se transformer et elle eue de moins en moins besoin de s’alimenter. 

Au moment où elle atteignit 24 ans, son père l'a força à se marier à un chercheur connu sous le nom de Liu Wen. L'objectif de son père était d'arrêter la rêverie de sa fille de devenir immortel par un mariage. 
Au cours de la 1ère et 2ème année de son mariage, elle donna naissance à deux fils, tous deux connus comme Liu Pu et Liu Xia qui plus tard sont devenus les chefs de la secte Shang Qing. 

A l'âge de 37 ans, Wei Hua Cun vit un groupe d’Immortels et Divinités descendant du royaume céleste. Après être entré dans sa maison, l'une des divinités sortie un paquet de livres et d’objets spirituels et lui donna. Un Immortel connu comme Qing Xu Wang Bao s'approcha d'elle et lui a dit qu’ ils étaient là pour lui apprendre les secrets du taoïsme.

Wei Hua Cun s'agenouilla en face de Wang Bao afin de le reconnaître comme le Maître. A partir de là diverses divinités descendirent dans sa maison pour la guider dans son apprentissage. 

Après des années de formation et avoir maîtrisée le secret caché des compétences spirituelles, Wei Hua Cun les retranscrivit dans les premiers écrits de la secte Shang Qing. Dès lors, tous les descendants durent maîtriser l’enseignement taoïste de la secte. Wei Hua Cun obtint quelques années plus tard son immortalité.
Aujourd'hui, certains des principaux sous-groupes sont toujours en activité : 

- Ecole Yang Feng - Fondateur Jiang 
- Ecole Liu Ren - Fondateur Li Bo
- Ecole Ying Jin - Fondateur Jin Ying 
- École Lian Bai - Fondateur Wang Sen 
- Bai Lian école - Fondateur Bao Sheng 

Les plantes et fruits symboliques du Taoïsme


Souvent représentées comme attributs distinctifs des divinités et utilisées comme éléments décoratifs, les principales plantes symboliques du taoïsme sont liées plus ou moins directement à l’idée d’immortalité. Se détachent le pêcher et le pin.

Le pêcher est hautement symbolique par son bois, de pure essence Yang, employé dans les rituels d’exorcisme et pour réaliser des objets liturgiques, et par ses fruits, associés aux idées de pureté, de fertilité et surtout d’immortalité. Les pêches de l’immortalité (pantao) sont associés à la Reine Mère de l’Occident, qui a coutume de les offrir aux autres figures du panthéon lors de somptueux banquets organisés dans son palais du mont Kunlun.

Le pin (son) est aussi l’un des principaux symboles de longévité ou d’immortalité. Il est souvent utilisé avec cette signification dans l’art taoïste. Il représente le Yang et est souvent associé avec la grue et ses fruits sont l’un des aliments de base des Immortels.


Se distinguent aussi les champignons ainsi que les végétaux propres à la civilisation chinoise tels que le bambou ou la citrouille. Dès l’époque des Zhou de l’Est, on tint les champignons (zhi) pour des substances susceptibles de donner une longue vie. Une croyance, du fit qu’ils poussent spontanément sur l’île Penglai, incita les empereurs Qin Shi Huangdi (régna de 221 à 210 avant JC) et Han Wu Di (régna de 140 à 87 avant JC) à organiser des expéditions pour se les procurer. Dans l’alchimie opératoire, le terme zhi, traduit parfois par « excroissance », semble désigner aussi des entités d’origine minérale ou animale. Dans la méthode alchimique intérieure, le champignon rouge désigne la réalisation spirituelle. La citrouille, attribut distinctif de l’immortel Zongli Quan, figure dans l’art taoïste surtout sous une forme « en sablier » (hulu), symbole de l’union entre le Ciel et la Terre ou du chaos primordial. Enfin le bambou (zhu), plante sempervirente, est aussi un symbole de longévité.

Les formules sacrées du Taoïsme


Le mot Zhou (formule sacrée, incantation) est employé comme traduction du mot sanskrit mantra. Le rituel taoïste use largement de formules sacrées dont la signification, tantôt intelligible, tantôt obscure, importe moins que le pouvoir du son céleste qu'elles reproduisent. Contenues dans les textes sacrés, elles sont récitées pendant la psalmodie, les exorcismes, les rites pour favoriser la chance et conjurer les calamités, et à des fins de guérison ou de purification. Elles se concluent souvent par jiji ru lüling (Vite, vite! En accord avec les lois et les ordres), sur le modèle d'expressions qui terminaient les documents impériaux.

L'influence du bouddhisme tantrique dans le développement des zhou taoïstes est attestée par l'emploi, surtout dans la tradition du Joyau magique, de formules inspirées des sons sanskrits (fanyin), mais des incantations pour éloigner ou soumettre les démons étaient déjà employées par les Maîtres célestes des origines, avant la diffusion en Chine des mantra et dharani bouddhistes.. Sous leur forme écrite, ces formules sont des exemples d'"écriture authentique"(zhenwen), issus spontanément du souffle primordial, souvent en concomitance avec la révélation des écritures. Parmi les plus importantes, la "formule pour la transformation du corps" (Da bianshen zhou) est récitée par le maître du Dao au début des Grandes Assemblées pour s'identifier avec l'univers entier et les divinités. Le Tianpeng zhou une invocation particulièrement efficace, formée de 24 caractères, adressée à Tianpeng, la divinité de l'exorcisme.

Les caractères qui composent les formules sacrées ne sont pas seulement récités, ils peuvent aussi être placés à l'intérieur des tombes ou au sein de l'aire rituelle. Souvent tracés sous forme stylisée pour imiter l'écriture céleste, ces signes, à la différence des talismans, correspondent à des caractères chinois réels.

Le temple taoïste de la déesse A Ma à Macao

 
Ce temple taoïste est considéré généralement comme le plus ancien de Macao. Il daterait de 1555 et était certainement en place lorsque les premiers Portugais débarquèrent sur la péninsule. Le nom même de Macao a d’ailleurs comme origine celui de cette déesse taoïste (A Ma Gao), vénérée des navigateurs et des pêcheurs macanais et adorée par les marins portugais.

Cette déesse serait apparue au Xe siècle à travers la fille très pieuse d’une famille de pêcheurs du Fujian, Lin Mo. Grâce à ses pouvoirs magiques, elle aurait sauvé son père et son frère d’un naufrage mais refusa d’épouser un vieil homme qu’on lui promettait comme unique récompense, et se suicida…Par la suite, tous les marins la virent en apparition lors de leurs périples en mer, et plusieurs décrets impériaux établirent son existence tout en fondant un culte. Une divinité était née.

Une des caractéristiques les plus notable de ce temple est un rocher à l’entrée, tourné vers la mer, sur lequel figure une représentation colorée de la jonque chinoise qui aurait servi à amener la divinité à travers typhons et tempêtes. Sur cette figure, on la voit marcher sur la crête de la colline Barra et monter aux cieux. A flanc de colline, on voit beaucoup de rochers avec des inscriptions qui auraient plus de six siècles.
  
Le temple est très prisé des Chinois et on y croise beaucoup de touristes et locaux, notamment en période de fêtes, qui font des dons aux tortues sacrées et aux vieilles femmes qui mendient dans le temple.

L'alchimie intérieure chez les taoïstes



Pour atteindre le Dao, l'adepte doit se transformer grâce à des méthodes corporelles et surtout méditatives. En effet, le corps est le lieu des métamorphoses et le taoïste en fait son laboratoire. Il y installe en divers lieux chaudron et fourneau, transmute les substances et les forces qui le parcourent. Il se retire dans la montagne qu'est son propre corps, cette grotte-matrice où il se régénère. Il se livre à une véritable alchimie intérieure, unissant le feu du coeur et l'eau des reins, en s'inspirant des méthodes de l'alchimie extérieure qui était censée mener à l'immortalité.

Cette alchimie du corps est en fait une synthèse des méthodes corporelles et méditatives du taoïsme antique, aujourd'hui décrites à l'aide d'un vocabulaire alchimique, d'éléments mythologiques et des diagrammes symboliques du Livre des Mutations, le Yi-jing, qui figurent les processus mis en oeuvre. Cet ensemble de pratiques a attiré empereurs et lettrés, qui se sont efforcés de nourrir et de préserver leur cinabre intérieur, ce qu'ils évoquent parfois dans leurs poésies ou dans des peintures de paysage, reflets de leur état contemplatif.

L'élixir d'immortalité que les taoïstes de l'Antiquité fabriquaient à partir de drogues végétales ou minérales, revenant à une nourriture sauvage qui devait conférer à leur corps des caractéristiques particulières, telles que poussée de poils ou d'ailes, est désormais élaboré à partir de trois ingrédients de base : l'essence séminale chez l'homme ou le sang menstruel chez la femme, appelé métaphoriquement le "cinabre", le souffle (Qi ou Ch'i), et l'âme ou les âmes. Notre destin dépend de nous et non du Ciel, dit Laozi. Dans l'alchimie intérieure, l'adepte se sert de sa pensée, plus particulièrement de l'intention et de la puissance de visualisation de son esprit, pour provoquer des changements. Les processus de transformation dans l'être s'effectuent en circuit clos, d'où la nécessité de fermer toutes les ouvertures du corps et que rien ne s'en échappe, ni par les orifices, ni par les organes des sens.

La mise en mouvement de l'essence (énergie sexuelle) est la première étape du processus des transformations. Il s'agit de raffiner l'essence pour la transformer en souffle, puis transformer celui-ci en force spirituelle pour, dans l'étape ultime, fondre cette force dans le grand Vide. L'affinement des substances, par une montée de chaleur yang et une descente des secrétions yin, se fait selon un feu réglé en accord avec les mécanismes du temps, selon le rythme de l'heure, du jour, du mois, des saisons, de l'année. grâce à ces transformations se forme dans l'individu un être de lumière et d'immortalité, réplique de lui-même. 

La géomancie ou feng shui


Le Qi est l'énergie fondamentale qui irrigue l'univers et ses créatures. Pour les territoires ce sont les vents (feng) et les eaux (shui). Pour le corps humain c'est l'air et le sang. L'observation des réseaux empruntés par le Qi, que sont l'hydrologie et la consignation des vents et courants a également engendré une science de la terre tout à fait particulière au monde chinois, que l'on appelle feng shui (vents et eaux), et que l'on traduit par géomancie, l'art de déchiffrer la terre. Ce déchiffrement repose tout entier sur l'observation et la régulation des Qi volatils et liquides et leur mise en harmonie, en résonance, avec ceux qui parcourent le corps humain.

L'afflux, la concentration de Qi est une bonne chose, qui produit la vitalité de la métamorphose ; leur dispersion est néfaste : vidant le terrain de toute sa dynamique, elle engendre la mort ; leur afflux non contrôlé est pareil aux inondations. Pragmatiquement, la circulation du Qi est aussi devenue métaphore de celle de l'argent. Préoccupation universellement partagée, son vocabulaire emprunte partout la morphologie des rivières, de leurs "cours", de leurs "flux".

D'une façon générale, le feng shui désigne donc les variations de climat censées être produites par le comportement moral des gens, par l'intermédiaire des corps célestes. Cela va notamment être mis en pratique pour mettre en harmonie les habitations des vivants et des morts avec les principes du Yin et du Yang ; les spécialistes, opérant avec avec boussole et compas astrologique, se servant également de charmes et talismans pour contrecarrer le caractère néfaste de certaines données topographiques, chaque endroit ayant ses caractéristiques particulières, naturelles ou artificielles, susceptible d'indiquer ou de modifier la nature du Qi universel.

La forme des collines ou montagnes, la direction des cours d'eau, manifestations des influences des vents et des eaux, revêtent dans ces conditions une importance primordiale ; mais, de même, la forme, la hauteur et l'orientation des édifices, des routes, des ponts, doivent être scrupuleusement choisies ; par exemple les chemins tortueux ou contournés sont favorables à la circulation des bonnes influences, alors que les influences malignes tendent à profiter des lignes droites (de la même façon, on s'arrange pour faire faire aux démons des tours qui les mettent en déroute : d'où les paravents devant les entrées) ; par exemple encore, une excellente position géomantique pour une tombe sera : une large rivière devant, une falaise abrupte derrière, avec des collines enserrant la droite et la gauche ; une maison d'habitation devant faire face au Sud.

Il appartient au fangshi, le bien nommé "maître de l'espace" ou géomancien, de décrypter, comme le médecin le fait avec le sang et le flegme dans un corps humain, comment circulent le vent et les eaux d'une terre à bâtir, d'un immeuble, du siège d'une entreprise. De lui répond la bonne marche du destin de la famille, de la société, de la tombe de l'ancêtre. Certains maîtres procèdent à des cérémonies et offrandes (voir photo), rappelant les origines mystiques du feng shui.

L’âme chinoise selon les taoïstes

L'ordre de l'univers dépend du jeu des deux grands principes fondamentaux, Yin et Yang. Le Yin est le principe femelle, celui de l'obscurité, du froid, de l'humidité, de l'inertie ; le Yang est le principe mâle, celui de la clarté, de la chaleur, de la sécheresse et du mouvement. A cette dualité cosmique correspondent, chez l'homme, une âme supérieure (hun) d'essence céleste, et une âme inférieure (po), terrestre.

L'âme supérieure correspond au yang ; il s'agit en fait de trois âmes (san-hun), car elle se compose de trois principes : le souffle (Qi), l'essence (jing) et l'esprit (shen). L'âme inférieure correspond au Yin, et est en fait composée de sept passions (qi-po) ou affects, qui sont : la joie (xi), la colère (nu), le chagrin (ai), la crainte (ju), l'amour (ai), la haine (wu) et le désir (yu) ; ces sept affects forment l'âme sensitive de l'homme. Ces trois hun et ces sept po coexistent dans l'homme au cours de sa vie, et c'est la mort qui les dissocie.

A ce moment-là, les trois âmes célestes (hun) deviennent esprit (shen) et quittent le corps ; mais l'âme sensitive devient un gui, fantôme ou démon, qui demeure dans le corps ; selon le degré de sa force, le gui peut de la sorte conserver le corps pendant un temps plus ou moins long.

Finalement, quand elle a épuisé son énergie, l'âme sensitive finit par s'éteindre, et le corps tombe en poussière et disparaît. Ces conceptions expliquent le rôle des histoires de fantômes dans le folklore et la littérature chinoises, où elles abondent : les gui, revenants, sont des manifestations d'énergie vitale non consumée réanimant les cadavres ou les objets ayant appartenu à des cadavres, et jouant aux vivants des tours souvent scabreux.

Les grands penseurs du taoïsme


Voici quelques un des plus grands penseurs du Taoïsme :

Laozi : philosophe chinois (570-490 av JC) et personnage mythique tenu par la tradition pour être l'auteur du Daodejing.  C'est le vieux maître, le père fondateur du taoïsme. Il est divinisé en 166 après JC par l'empereur Houan de la dynastie des Han.Il est en photo ci-dessus sur son boeuf sur lequel il a l'habitude de se promener.

Zhuangzi : Tcheou, dit Maître Tchouang vécu au IV siècle avant JC et est auteur de l'ouvrage homonyme, le Zhuangzi. C'est un penseur critique, en particulier à l'égard des puissants. Il est considéré comme étant le grand maître du taoïsme, Laozi lui-même en étant le fondateur largement mythique.

Liezi (Lie-tseu) : pensur taoïste qui aurait vécu à l'époque des Printemps et des Automnes. Cité plusieurs fois dans le Zhuangzi, il est l'auteur présumé du Liezi (Traité du vide parfait), recueil de fables philosophiques compilé probablement au IVe siècle avant JC.

Zhou yan : Ce philosophe qui vécut à la fin des royaumes combattants (305 av JC-240 av JC), joua un rôle déterminant dans la théorie du yin et du yang et des cinq éléments. On ne sait presque rien de sa vie. Selon l'historien chinois Sima Qian, il serait le membre le plus éminent de l'académie Jixia, groupe de savants rassemblés par le roi Xuan de Qi dans sa capitale. On l'appelait aussi Zouzi ou "Yan qui discourt du Ciel" du fait de ses compétences en astrologie. On lui attribue de nombreux ouvrages, dont le Zhouli (Livre des rites de Zhou), mais sa pensée ne nous est parvenue que sous forme d'extraits, notamment dans le Chunqiu et le Siji.

L'exorcisme taoïste


Des pratiques d'exorcisme, liées à l'idée qu'il suffit de connaître le nom d'un démon ou d'un esprit pour le contrôler, existaient dès les premières phases du mouvement taoïste de l'Un orthodoxe. Elles ne se développèrent notablement dans la tradition taoïste qu'à l'époque Song, quand apparurent de nouvelles écoles comme la Tianxin (Coeur du Ciel) et la Shenxia (Empyrée divin), spécialisées précisément dans ces techniques. Nombre de nouveaux rites, parmi lesquels les "rituels du tonnerre" (lleifa), furent reconnus par la cour impériale, et des divinités guerrières aux puissantes capacités d'exorcisme prirent une place prééminente dans le panthéon taoïste, recevant parfois des titres officiels, comme dans le cas du Suprême Empereur du Ciel obscur.

Au XIIIe siècle, un ministère céleste spécifique (Leibu), à laquelle se trouve le Vénérable céleste de la transformation universelle (Puhua Tianzun). Ses armées sont conduites par 5 maréchaux, dont Deng Yuanshuai est le plus important.

Si les grands maîtres dépositaires de ce savoir furent nombreux, la figure de l'exorciste (fashi) se distingue fondamentalement de celle, plus haute, du maître du Dao (daoshi). L'une des principales pratiques en usage aujourd'hui pour neutraliser les esprits abandonnés (auxquels ont été refusés les rites pour les ancêtres) consiste d'abord à les évoquer et à les interroger, souvent par la technique de la "possession induite" puis à les chasser (quxie). Pour capturer et neutraliser les démons porteurs d'influences néfastes (zhuoyao), l'exorciste se sert de formules sacrées et de talismans capable de les ramener à leur "vraie forme" ; lors d'occasions plus solennelles, il met en scène de véritables batailles en invoquant des troupes de généraux célestes. Voici une vidéo qui présente un exorcisme taoïste :


L'Un suprême, le dieu le plus important du Taoïsme

Le culte de cette divinité, une des plus anciennes du taoïsme (époque des Zhou de l'Est), s'est maintenu plus de 2000 ans. Sa première mention en tant que principe cosmogonique figure dans un manuscrit de la seconde moitié du IVème siècle avant JC retrouvé à Guodian (Hubei), le Taiyi sheng shui.

Dans le cadre des spéculations cosmologiques des Han de l'Ouest, on l'identifia avec le souffle primordial (Yuanqi) associé à la Petite Ourse ; en tant que personnification de l'Unité qui précède la manifestation, on l'éleva au rang de divinité suprême du ciel avec laozi divinisé, et sa place hiérarchique au-dessus de l'Empereur Jaune et des 5 empereurs (Wudi).

Aux premiers siècles de notre ère, son culte se diffusa dans les couches populaires et on l'inclut dans les divinités des maîtres célestes et des Turbans jaunes. Il joua bientôt un rôle de premier plan comme divinité de corps, symbole du "soi authentique".

Dès l'époque  des 6 dynasties, il s'imposa comme administrateur des destins des humains, dont il consignait les actions dans les registres. Enfin Tang Xuanzong (qui régna de 712 à 756) ordonna d'offrir des sacrifices en son honneur dans les rituels taoïstes d’État.

Le culte de Taiyi est encore répandu à l'époque contemporaine. Aujourd'hui les maîtres taoïstes s'identifient avec lui dans certaines pratiques rituelles, par exemple en accomplissant les "pas cosmiques" (bugang).

Les cérémonies taoïstes modernes en Chine



Il existe actuellement deux traditions rituelles taoïstes principales : celle des maîtres célestes, diffusée principalement dans le sud, et celle de la Perfection totale, diffusée dans le nord.
 
Le rituel contemporain est un mélange d'éléments de l'Un orthodoxe, de pratiques de visualisation propres à la Suprême Pureté et de liturgies communautaires pour les vivants ou les défunts typiques du Joyau magique. Il fut codifié à l'époque Tang, puis divisé en deux catégories : retraites et offrandes.

L'adjonction de formes magiques diverses fut ensuite favorisée par l'influence bouddhiste et l'apparition d'exigences nouvelles au sein du taoïsme. On distingue aujourd'hui les rituels célébrés à l'intérieur des monastères de l'école de l'école de la Perfection totale, qui a élaboré au fil des siècles un code liturgique indépendant et unifié, et les rituels de la tradition de l'Un orthodoxe, présentant souvent des particularités locales, célébrés dans les demeures des maîtres, les maisons des fidèles ou les temples consacrés aux divinités populaires.

Le rituel moderne des Maîtres célestes présente trois types : "offrandes" (jiao), ou cérémonies sacrificielles communautaires ; "rites des mérites" (gongde) célébrés pour les défunts , appelés encore dans certaines régions "retraites" (zhai) ; "rites mineurs" (xiaofa), qui concernent en particulier des pratiques d'exorcisme. Souvent la communauté locale participe activement au déroulement du rite par l'intermédiaire de délégués qui, sont sous la conduite d'un "maître de l'encens", effectuent des prosternations et offrent de l'encens.

Le rituel taoïste peut être accompli par un seul officiant ou par un maître secondé par un groupe d'assistants, parmi lesquels figurent habituellement un chantre et un thuriféraire (préposé à l'usage de l'encens). A leurs côtés et derrière eux  se groupent les autres membres de la communauté religieuse.

A la différence des cérémonies de l'Un orthodoxe, les rituels de la Perfection totale présentent une homogénéité structurelle substantielle, même s'il existe des variantes au sein des différentes branches de cette tradition. Les rituels les plus courants, et, à certains égards, les plus codifiés, sont ceux de la Porte du Dragon, dont le monastère principal, le Baiyun Guan, à Pékin, est aussi le siège de l'Association taoïste de Chine et de l'Académie des études taoïstes.

Les rituels de la Perfection totale se déroulent principalement dans les salles des monastères taoïstes. Ils rassemblent la communauté monastique résidente, avec une participation plus ou moins marquée des laïcs selon l'importance de l'occasion pour laquelle ils sont célébrés. 

Les 20 principaux sites taoïstes en Chine



Voici une liste des 20 principaux sites taoïstes en Chine. Ces sites sont les hauts-lieux du taoïsme chinois.

- Baiyun Guan (monastère du Nuage blanc), Pékin
- Baxian Gong (palais des Huit immortels), Xi'an, Shaanxi
- Hengshan (mont Heng), Shanxi
- Hengshan (mont Heng), Hunan
- Huashan (mont Hua), Shaanxi
- Longshu Shan (mont Longshu), Jiangxi
- Louguan Tai (Estrade du monastère de la Tour), Zhongnan Shan, Shaanxi
- Luofu Shan (mont Luofu), Guangdong
- Lushan (mont Lu), Jiangsu
- Maoshan (mont Mao), Jiangsu
- Qingcheng Shan (mont Qingcheng), Sichuan
- Qingyang Gong (palais de la Chèvre bleu-noire), Chengdu, Sichuan
- Songshan (mont Song), Henan
- Taiqing Gong (Palais de la Grande pureté), Shenyang, Liaoning
- Taishan (mont Tai), Shandong
- Wangwu Shan (mont Wangwu), Henan
- Wudang Shan (Mont Wudang), Hubei (en photo)
- Xuanmiao Guan (monastère du ministère obscur), Suzhou, Jiangsu
- Yongle Gong (palais de la joie éternelle), Ruicheng, Shanxi
- Zhinan Gong (palais qui indique le Sud), Taipei, Taiwan

Comprendre le Tao (Dao)


Le Tao (Dao, qui signifie Voie) occupe en Chine le coeur de la pensée philosophique et religieuse : il est la valeur suprême, la norme fondamentale. Les inscriptions sur bronze de la dynastie des Tcheou au Xème siècle avant notre ère nous rappellent que Tao désigne d'abord au sens propre un chemin. Le terme vient par extension à exprimer une façon de procéder, la voie que l'on suit, l'ordre que l'on observe. C'est ainsi que l'on peut parler du Tao  en un sens non absolu, comme le Tao de la nourriture, le Tao du Ciel, ou encore le Tao de Confucius désignant par là, respectivement, la bonne façon de se nourrir, l'ordre céleste ou la doctrine du Maître, car le Tao peut aussi signifier "dire" ou "parler".

Le Tao est conçu comme un principe unique, antérieur même au Ciel, président de la genèse de l'univers. Selon une inclinaison partagée de l'imaginaire chinois à concevoir le monde en termes de processus et de transformations, et non en termes de formes idéales ou d'essences, le tao désigne de façon absolue le cours des choses , où plutôt le principe dynamique qui le régule. Notons que jamais toutefois, par différence avec l'idée de nature en Occident, ne lui sont attribués un comportement personnel, des traits humains ou une quelconque intentionnalité. Le modèle démiurgique de création du monde est quasiment inexistant en Chine.

Transcendant, indéterminé, parfois apparenté au néant, le tao ne saurait faire l'objet d'une perception pour les sens ou d'une représentation pour la conscience. Il échappe au monde phénoménal qu'il engendre, tout en ne cessant de l'animer. Les textes canoniques par excellence de la pensée taoïste, le Lao-tseu et le Tchouang-tseu (vers les IVème siècle et IIIème siècles avant JC) le célèbrent comme le fondement de l'univers, le modèle de la conduite impartiale, et l'approchent par toutes sortes de métaphores : "Ancêtre suprême", "Femelle obscure", "Racine du Ciel et de la terre".

Le Dao imprégnant tout l'existant, le taoïste se doit d'y faire retour mais aussi de savoir s'adapter à son cycle spontané vers le non-agir.

Le Canon taoïste



Le premier inventaire officiel des écritures taoïstes, présentées à la Cour en 437, fut dressé par Lu Xiujing (406-477). L'auteur rassembla et ordonna les ouvrages en trois sections, les "3 grottes" (Sandong), et exclut les textes des Maîtres célestes, probablement parce qu'ils étaient déjà réunis dans un recueil, la Zhengyi fawen (Textes statutaires de l'Un orthodoxe), qui prit place dans la classification générale lorsque, au VIème et VIIème siècles, furent ajoutés les "4 Suppléments" (Sifu). La répartition en sept sections ainsi établie fut reprise dans la première édition du Canon à l'époque Tang (748) et maintenue dans les compilations suivantes (époques Song, Yuan et Ming) qui inclurent progressivement les ouvrages de nouveaux courants.

La subdivision du Canon en "3 Grottes" servait initialement à distinguer les ouvrages de trois courants doctrinaux différents :

- la "Grotte du Vrai" (Dongzhen) avec les textes de la Suprême Pureté centrés sur les techniques de méditation,
- la "Grotte du Mystère" (Dongxuan), avec les textes du Joyau magique centrés sur le rituel,
- la "Grotte de l'Esprit" (Dongshen), avec les textes de la tradition des Trois Augustes (Shanhuang) centrés sur l'emploi des talismans, des formules sacrées, des techniques divinatoires et des exorcismes.

Les 4 Suppléments furent divisés de la façon suivante :

- La "Section du Grand Mystère" (Taixuan Bu), rattachée à la "Grotte du Vrai" et constituée de textes centrés sur le Daode jing,
- La "Section de la Grande Paix" (Taiping Bu), rattachée à la "Grotte du Mystère" et constituée de textes fondés sur le Taiping jing (Livre de la Grande Paix),
- La "Section de la Grande Pureté" (Taiqing Bu), rattachée à la "Grotte de l'Esprit" et constituée de textes d'alchimie et de manuels de techniques de longévité,
- La "Section de l'Un orthodoxe" (Zhengyi Bu), constituée des textes des Maîtres célestes.

Le Daozang (dépot du Dao) désignait donc à l'origine l'ensemble des textes conservés dans les centres taoïstes, puis il s'appliqua aux versions du Canon patronnées par la cour impériale. La version actuelle du Canon est le Da Ming Daozang jing (dépôt des écritures taoïstes de la grande dynastie Ming), connu aussi sous le nom de Canon de l'ère Zhengtong (1436-1450).

En effet en 1406, le Maître céleste Zhang Yuchu (1361-1410) fut chargé par Ming-Yongle qui régna de 1403 à 1425 de réaliser un nouveau recueil officiel. Achevé en 1445 et imprimé en 1447, le Canon Ming réunit quelques 1500 ouvrages, de longueur variable : textes de l'école taoïste et commentaires correspondants, oeuvres révélés, littérature des différentes écoles (manuels de méditation et de liyurgie, textes médicaux et alchimiques, ouvrages hagiographiques et cosmologiques, livres de divination, d'astrologie, registres monastiques et annales de sites sacrés). Preuve de l'ouverture et de la souplesse du taoïsme. Le Canon comprend aussi des textes qui se rattachent au bouddhisme, au confucianisme et à d'autres écoles philisophiques anciennes.

Le Qi (le Tch'i) chez les Taoïstes



Notion essentielle du taoïsme, le souffle est une énergie diffuse dans tout l'univers et qui constitue le principe de formation de toute réalité. A son degré le plus raffiné, le Qi constitue l'énergie morale et spirituelle d'une personne. Il y a ainsi continuité entre le corps et l'esprit, tous deux n'étant que des productions différenciées du souffle vital. Ni matériel ni spirituel le Qi traverse le clivage classique en Occident entre les phénomènes physiques et mentaux. L'homme est une configuration d'énergie, un être capable d'agir sur le Qi afin de ralonger son temps de vie, voire d'échapper à la mort.

En tant que pratiques thérapeutiques et spirituelles, les arts du souffle oeuvrent à la santé, au sens où cette dernière désigne l'accroissement de la puissance vitale et le développemment optimal des potentiels de l'organisme. L'adepte doit nourrir et faire circuler en lui le tch'i sous sa forme la plus pure et expectorer les souffles pernicieux. Il se soumet pour cela à une ascèse émotive et affective, pour atteindre un état de calme profond, comme l'y enjoint le livre de Laozi. La pratique aujourd'hui du Qigong (exercices de travail sur le souffle pratiqué à l'origine par les taoïstes) a considérablement rendu populaire ce concept.

Le terme Daoyin (guider et tirer) désigne les techniques de gymnastique thérapeutique dont la fonction première est de favoriser la circulation harmonieuse du souffle (Qi) à l'intérieur du corps qui visent à préserver une bonne santé et obtenir une vie longue.

Les techniques de longévité, que l'on retrouve dans la médecine chinoise traditionnelle chinoise, sont dans le cadre du perfectionnement spirituel des exercices de purification préparant aux plus hautes pratiques de réalisation. Comprenant la  gymnastique, les massages, les prescriptions sexuelles et diététiques et des méthodes respiratoires, elles visent à préserver l'équilibre psychophysique, partant du présupposé que la vie dépend du souffle (Qi).

Le souffle est donc une énergie universelle qui imprègne tout, les forces vitales peuvent être réintégrées de l'extérieur par "l'ingestion du Qi" (Fuqi) ; en revanche, celles qui consistent à "retenir le Qi" (Bibi) et à le faire circuler (Xingqi) servent à favoriser la circulation harmonieuse du souffle dans lese" canaux énergétiques.

Les principales fêtes traditionnelles chinoises


Voici les principales fêtes traditionnelles du calendrier chinois :

- La fête du Nouvel An ou fête du Printemps (Chunjie) : c'est le nouvel an chinois qui tombe deux mois lunaires après le solstice d'hiver. Sa date varie donc entre la mi-janvier et la mi-février. L'année écoulée devant s'achever dans la douceur, il est recommandé de manger sucré, de régler ses dettes et d'effacer les malheurs de l'an passé (rituel de balayage). C'est l'occasion de repeindre sa maison et de la décorer d'images du Nouvel An représentant la richesse, le bonheur, la fertilité et de se vêtir de neuf.

Les célébrations passent par d'importants banquets familiaux, lors desquels les enfants reçoivent des étrennes dans de petites enveloppes rouges. Les familles disposent d'une semaine pour rendre visite aux proches ou aux amis et déambuler dans les temples ou se déroulent foires commerciales et numéros de bateleurs. On y assiste notamment aux danse du dragon et du lion.

- La fête des lanternes (Yuanxiao jie). En ce 15ème jour du 1er mois lunaire, les parcs et sites populaires et s'illuminent de lanternes en papier fabriquées par les habitants ou les corporations. Les badauds se pressent pour les admirer.

Traditionnellement, on allumait 49 ou 108 limignons pour accueillir les divinités lors de leur descente sur terre, puis des lanternes de soie rouge pour laisser entrer les bons génies et chasser les mauvais. A cette occasion, on déguste des yuanxiao, boulettes de riz glutineux fourrées au sésame, aux cacahuètes et aux haricots rouges.

- La fête de la Pure lumière (Qingming jie). Autrefois fêtée le 15ème jour du 3ème mois lunaire, elle est fixée désormais entre le 20 et le 23 avril. Célébration bouddhiste à l'origine, elle est devenue la fête des morts et la principale manifestation du culte des ancêtres. Ce jour-là, dans les campagnes, on se rend en famille auprès des tombes ancestrales, dispersées autour parmi les cultures. Les sépultures sont nettoyées. On adresse aux morts des offrandes, sous forme de couronnes de fleurs de papier blanc et de monnaie factice, consumées pour renouveler le viatique du défunt, avant de conclure le rituel sur une explosion de pétards et un grand pique-nique. Les citadins, faute de cimetières à visiter, se rendent dans les temples bouddhiques pour entrer en contact avec leurs proches. 

Quantités de cadeaux leur sont adressés pour assurer leur bien-être, sous la forme de reproductions en papier à brûler de tout ce qui est nécessaire dans la nouvelle société de consommation, depuis la résidence de luxe à la voiture, en passant par l'électroménager. La fête de Qingming n'est pas chômée, mais considérée comme néfaste aux initiatives en matière d'entreprise, quelle qu'elle soit.

- La fête des Cerfs-Volants. Elle a lieu autour du 15ème jour du 3ème mois, pour avoir été autrefois liée à la fête de Pure lumière. Elle est particulièrement célébrée à Weifang, où se déroule un festival international de lancer de cerfs-volants.

- La fête de Mazu (Huanghui ou Niangnianghui). Le 23ème jour du 3ème mois lunaire, la déesse des marins est célébrée dans tous ses grands temples des régions côtières, en particulier à Fujian et à Hong Kong. L'effigie de Mazu est alors promenée dans les rues, juchée sur un petit bateau. De nombreuses processions ont également lieu dans les temples taoïstes.

- La fête du Double Cinq (Duanwu jie). En ce 5ème jour de la 5ème lune, on commémore le suicide par loyauté du poète Qu Yuan (340-278 av JC). Comme il s'était noyé dans le Yangzi jiang, les gens y avaient jeté des boulettes de riz, afin que les poissons s'en repaissent et laissent tranquille le corps du poète. Depuis on déguste à sa mémoire des zongzi, pâtés de riz enveloppés dans une feuille de bambou et fourrés de jujubes, marrons, jambon...Sur les lacs et les rivières, des courses en bateaux symbolisant des combats de dragons rappellent une ancienne fête des Eaux.

- La fête du Double Sept (Qixi jie). Le 7ème jour du 7ème mois lunaire célèbre les retrouvailles du Bouvier (Altaïr) et de la tisserande (Véga), divinités stellaires qui, ce jour-là seulement, sont autorisées à se rencontrer. Les pies font un pont de leurs ailes permettant aux amants séparés de franchir la Voie lactée pour se retrouver. Ce soir-là, les célibataires implorent la tisserande de leur trouver un compagnon.

- La fête de la Mi-Automne (Zongqiu jie). Le 15ème jour du 8ème mois correspond à l'équinoxe d'automne, c'est le moment de déguster les yuebing, gâteaux en forme de lune pleine, extrêmement nourrissants, fourrés de cacahuètes, sésame, noix, pâte de haricot. De nombreux parcs sont ouverts tard le soir pour y admirer la lumière de la pleine lune.

- La Fête du Double Neuf (Chongyang). Les gâteaux du Chongyang sont confectionnés en ce 9ème jour du 9ème mois lunaire. Afin d'honorer les personnes âgées, il est également coutume de leur offrir un bol de nouilles, symbole de longévité.

Le Vrai Classique du Sud Fleuri, un texte fondateur du taoïsme



Ecrit par Zhuangzi, auteur contemporain aux Royaumes combattants (453-221 av JC) et l'un des père fondateur du taoïsme, Le Vrai Classique du Sud Fleuri (aussi nommé Zhuangzi, comme son auteur), fournira à la Chine non seulement une réserve inépuisable de réflexions sur le pouvoir, le language, la culture de soi et les rapports entre l'homme et la nature, mais aussi une source d'inspiration intarissable pour les littérateurs, les poètes et les peintres chinois pendant plus de deux millénaires.

Cette oeuvre en 33 chapitres, est divisée en trois sections : les chapitres intérieurs (1 à 7), les chapitres extérieurs (8 à 22) et les chapitres mixtes (23 à 33).

Dès les premiers mots de son texte, Zhuangzi donne le ton et met en scène des données fondamentales de la cosmologie chinoise. Le poisson émergeant de l'Obscurité du Grand Nord n'est autre que le symbole du yin en proie à la mutation qui fait advenir en son sein le yang à mesure qu'il se transforme en oiseau et s'élance vers la lumière du Sud. N'oublions pas que le Nord, l'Obscur, dans le taoïsme, est le lieu de l'indistinction et du chaos d'où provient et où tout fait retour. Le titre du premier chapitre est révélateur car chez Zhuangzi, l'Homme Véritable s'affranchit des pesanteurs rituelles et conventionnelles propres au confucianisme, en s'adonnant à la randonnée intérieure afin d'être de plain-pied avec la source
du dynamisme des êtres, le principe de toute chose : le Dao.

Seule la "grande connaissance" peut opérer ce retour vers l'indifférencié par l'ascèse, dont l'extase n'est pas absente et dont le but est le perfectionnement de soi, et conduire l'adepte à faire de son énergie vitale qi (le soufffle qui constitue le cosmos) une force spirituelle shen qui n'est autre que celle qui anime l'univers.
En ce sens, Le Vrai Classique du Sud Fleuri, texte où le thème de la transformation de soi occupe une large place, deviendra, au même titre que le recueil d'aphorismes du célèbre Laozi, le classique de la Voie et de la vertu, un vade-mecum aussi bien à l'usage des lettrés que des moines, et ceci jusqu'à nos jours. En effet, c'est dans Le Vrai Classique du Sud Fleuri que sont abordés certains thèmes centraux de la démarche de perfectionnement de soi (gongfu) comme la spontanéité, la non-dépendance ou le non-agir, qui mettent en jeu des pratiques telles que la "méditation assise" ou le "jeûne de l'esprit".

Autant de "recettes" qui ont pour but l'union "au ressort céleste", métaphore désignant la dimension active et dynamique du Chaos primordial et de l'Origine. Dans le taoïsme, les pratiques psycho-physiologiques sont destinées à développer une perception intériorisée, l'oeil et l'ouïe communiquent par l'intérieur, un entendement qui se passe de concepts et permet à l'individu d'accéder à un état de réceptivité exceptionnelle dans lequel il peut échapper à la fragmentation de la conscience résultant de l'usage trivial de la pensée et des sens. Le type de réceptivité que développe ainsi l'adepte du taoïsme lui
octroie une liberté qui ne consiste pas échapper à la causalité déterminante de la nature, mais au contraire à ne faire qu'un avec la spontanéité de la mutation incessante qui oeuvre au sein de la réalité.

C'est cet oubli volontaire de la réflexion qu'illustre la célèbre histoire du cuisinier Ding ou Zhuangzi nous montre que la maîtrise de la découpe d'un boeuf passe par la même spontanéité apprise que celle exigée lorsqu'on veut accéder aux mystérieux dynamisme qui préside au mouvement des êtres.

Le panthéon taoïste


Le panthéon taoïste est un système ouvert et en constante transformation. Il fut souvent restructuré et élargi au fil des siècles, mais conserva toujours un ordre hiérarchique rigoureux. On ne présentera ici que les divinités centrales du taoïsme moderne. Si certaines sont apparues tardivement et doivent leur origine à l'émergence de courants ou aux influences bouddhiste et confucianiste, d'autres ont une histoire de plus de vingt siècles, durant lesquels leurs positions ont varié selon leur popularité.

Cette dernière était souvent déterminée par les cours dynastiques, qui avaient le pouvoir de conférer rang et titres célestes. A l'époque Song ont ajouta les divinités bouddhistes et les dieux populaires, qui étaient quant à eux tenus cependant pour "impurs". En outre, dès l'origine, le taoïsme eut une attitude ambiguë vis-à-vis des cultes locaux, s'en tenant officiellement à distance tout en s'appropriant certains aspects. De nombreuses divinités populaires furent ainsi incluses dans les rangs inférieurs du panthéon à travers de véritables investitures qui les assujettissaient à cause de l'orthodoxie.

A toutes les époques, elles restèrent bien distinctes des divinités "pures", considérées comme des émanations du Dao et liées à la révélation des écritures sacrées.  

Entre ces deux catégories prenait place le vaste groupe des Immortels ; on pensait que ces personnages semi-légendaires avaient accédé à la réalisation spirituelle grâce à des techniques de purification intérieure.

A partir de la fin des 6 dynasties, le sommet du panthéon, d'abord occupé par le Suprême seigneur Lao ou par l'un suprême, revint au vénérable céleste de l'Origine primordiale. L’Empereur de Jade, nommé divinité suprême par décret impérial du XIème siècle, est souverain quant à lui des divinités populaires, sa position est donc hiérarchiquement inférieure à celle des 3 vénérables célestes.


Il existe plusieurs versions du panthéon. Selon la tradition, le corps démembré de Lao-tseu donna naissance à l'univers. A l'inverse l'univers se retrouve au complet dans le corps. Chaque organe abrite une divinité : la Reine-Mère d'Occident (la lune) dans l'oeil droit et le Duc-Roi d'Orient (le soleil) dans l’œil gauche forment une triade avec T'ai-yi, le Grand Un, dans le cerveau.

Selon une autre version, les hiérarchies célestes du taoïsme peuvent être classées selon une tripartition qui se présente comme une reproduction de l'organisation humaine (cour impériale, fonctionnaires et peuple). Le premier niveau est occupé par les divinités du ciel antérieur (xiantian), qui existent avant la manifestation du Ciel et de la Terre, c'est à dire avant l'union de Yin et Yang dans la cosmogonie taoïste ; y sont inclus les 3 Vénérables célestes, les 4 Ministres célestes, les 3 Fonctionnaires et les divinités des astres. Le deuxième niveau est occupé par les Immortels qui, ayant atteint la réalisation après la création du Ciel, sont appelés divinités du ciel postérieur (houtian). Enfin le niveau le plus bas est occupé par les divinités de la religion populaire.

A partir des Song, une prééminence fut donnée à une série de protecteurs d'aspect martial parmi lesquels figurent le Guerrier Obscur (Xuangwu) et le Tueur noir (Heisha ou Yisheng), tous deux liés aux nouvelles pratiques d'exorcisme qui apparaissent alors.

Les Maîtres célèstes du taoïsme


L'éclosion d'un courant religieux du taoïsme au IIème siècle après JC, se présenta comme un sursaut réformiste face à la prolifération des cultes locaux voués à des héros défunts et à la dérive sanguinaire des sacrifices qui leurs étaient adressés. En 142, un dénommé Zhang Daoling (en photo), retiré dans les monts Heming dans le Shu pour s'adonner à la quête de l'immortalité, fut visité par une apparition de Laozi qui l'enjoignit de fonder une communauté de purs, combattant les croyances immorales pour ne se vouer qu'au culte du Dao. Zhang fonda une organisation dont les membres, dans la plus stricte égalité des sexes, devaient adopter un mode de vie frugal et suivre un ensemble de préceptes reposant sur le respect de la vie et de la nature.

Zhang Lu, son petit fils, reprit le flambeau en 191. La communauté devint si importante qu'elle s'érigea en État autonome, basé à Hangzong, aux confins du Shu et du Shaanxi, dans une région largement peuplée d'ethnies non Han, dont les cultes et les croyances imprégnèrent l'organisation taoïste. Fondée sur l'autorité d'une lignée de patriarches dont la charge se transmettait par voie héréditaire depuis Zhang Daoling, elle prit le nom de Voie des Maîtres célestes. Elle était organisée en paroisses, dont les sièges étaient les montagnes et autres lieux sacrés investis par la ferveur populaire.

Les fidèles s'y réunissaient au cours de trois assemblées annuelles (les 1er, 7ème et 10ème mois) pour confesser leurs fautes et verser à l’Église une contribution de riz. Obole qui valu à la communauté des Zhang son sobriquet de "secte des cinq boisseaux de riz". L’État des Maîtres Célestes fut démantelé par Cao Cao en 215. Ses patriarches restèrent autorisés à enseigner à condition de se rapprocher du centre du pouvoir.

Après une très large diffusion dans la Chine du Nord à l'époque des Trois Royaumes, le mouvement gagna la Chine du Sud à l'époque des Six Dynasties. Sous le nom de Xuanxue "École des Arcanes", il prit un tour plus individuel que communautaire et une colorisation ésotérique, bâtie sur les expérimentations alchimiques et la méditation visionnaire. Au VIème siècle, le courant du Joyau Magique développa les traditions médiumniques toujours en usage dans la liturgie taoïste moderne.

Sous l'influence du bouddhisme, le taoïsme religieux connut un grand renouveau entre le Xème et le XIVème siècle. Les pratiques d'immortalité anciennes évoluèrent vers l'approche empreinte de spiritualité du neidan ou "alchimie intérieure" qui enseigne une médiation centrée sur l'écho dans le corps humain des grands mécanismes naturels universels. Le neidan devint la voie préconisée par le nouvel ordre taoïste du Véritable Total, apparu vers 1170 et qui constitua avec la Puissante Alliance de la Vérité et de l'Unité, les deux grands courants du renouveau taoïste à compter de la dynastie Yuan des mongols.

Parmi les patriarches des Maîtres célestes on compte Zhang Jixian (1092-1126), zhang Zengchang (1335-1378), Zhang Yushu (1361-1410). En 1949, Zhang Enpu (1904-1969), 63ème patriarche, abandonna le siège central de l’obédience sur le mont Longshu pour s'établir à Taïwan, ou réside aujourd'hui encore le dernier, et controversé, Maître céleste, Zhang Yuanxian.

Le Daode jing, le livre de la Voie et de la Vertu


Le Daode jing, le livre de la Voie et de la Vertu est un texte fondateur du taoïsme. D'après la tradition Laozi remis le texte à Yin Xi, le gardien de la passe de Hangu, avant de poursuivre son voyage vers l'Occident. C'est un chef-d’œuvre de la littérature chinoise et l'un des principaux textes liturgiques taoïstes sur lesquels méditer. D'un style sobre et concis, il rassemble en 81 chapitres quelques 5000 mots répartis en deux sections consacrées respectivement à la Voie et à la Vertu.

On y trouve des thèmes fondamentaux : la spontanéité et le non-agir, l'idée de retour et l'exaltation du laisser-aller au cours des choses, renvoyant tous à différents domaines, comme la métaphysique, la culture et l'art de gouverner. La version transmise du Daode jing, compilée selon la tradition, au IVème siècle av JC, date sans doute des premiers siècles de notre ère.

Suivre la Voie implique pour Laozi de rompre avec la société et ses milles désirs, à commencer par celui d'apprendre. Contre l'amour de l'étude prôné par Confucius, Laozi préfère "apprendre à désapprendre" et s'enfermer en lui-même pour accomplir le mouvement de "retour" (fan) à l'oeuvre en toute chose. S'excluant de la foule qui parle sans retenue, s'agite et se disperse dans le divers, il se dépeint lui-même dans un passage fameux comme un idiot mutique, délaissé de tous et concentré sur l'Un.

Ainsi la culture de soi est-elle une quête solitaire : nul romantisme dans cette idée mais seulement la conscience aiguë que la frénésie sociale détourne de la vraie souveraineté. Le monachisme taoïste, ainsi que l'isolement de l'empereur dans la Cité interdite, sont en germe dans Laozi.

Le Saint (l'être asocial et insaisissable, exerçant partout une influence souveraine) auquel fait référence Laozi, se situe au delà du bien et du mal : en dépit des choix moraux de la société, il sait que le négatif est impliqué dans le positif, que la beauté est cernée de laideur, yin et yang, scandant partout le rythme de leur alternance.

Il sait aussi que la vigueur expansive, lumineuse et masculine du yang où les humains se complaisent, finit toujours dans la raideur des cadavres. Aussi préfère t-il cultiver le yin féminin, dans le souci de faire place en soi à ce vide qui circonscrit toute existence et lui donne sa force.

L'image du nouveau-né, bloc d'énergie contenue et de nature brute, incarne bien le paradoxe de cette faiblesse invulnérable : elle alimentera dans le taoïsme des pratiques de Longue vie, destinées à réveiller en nous l'embryon immortel.

Nul égocentrisme dans cette quête de souveraineté intérieure : se prendre soi-même pour l'objet de l'action est en effet la meilleure façon d'échouer, et ce n'est que lorsque le Saint, à l'image du Ciel-Terre, "ne vit pas pour lui-même" que la vie se fait en lui surabondante. La vraie spontanéité consiste donc à laisser faire en soi-même ce qui "va de soi" (zi ran), sans se crisper sur un soi conquérant. De même, la vertu n'est vraiment vertu que de s'ignorer telle, et si les vertus confucéennes manquent leur but, c'est de n'être qu'une nomenclature qui voudrait baliser la conduite. par ses paradoxes ravageurs, laozi semble vouloir en délier le sens, pour mieux redonner à la vie qu'elles enserrent sa puissance d'aller.